80 ans d’histoire

Monsieur Gérald LECLEUZIAT nous commente son résumé sur l’historique de l’association de la création par Monsieur LAFORGES jusqu’à nos jours, 80 ans se sont écoulés.

Quelques remarques sur les efforts consentis par les anciens pupilles pour conjurer la marginalité au sein de laquelle ils peuvent encore se sentir enfermés…

Né le 30 janvier 1888 à Paris XIV, décédé à Bellefontaine (95) le 11 janvier 1984 à l’âge de 96 ans, inscrit au registre du commerce en date du 2 mai 1937 (5 passage Puebla 75019), Charles Laforge devait fonder en 1936 avec des amis et dans le cadre de la loi 1901, l’Association Nationale des Ex-Pupilles de l’État.

À son origine, cette association privée avait une vocation nationale puisqu’elle se proposait de venir en aide aux anciens pupilles, quel que soit par ailleurs leur département d’origine. Messiers Chaillet, Dussart et Romant assureront la « présidence » de cette association jusqu’en 1947, date laquelle elle a été dissoute.

En effet, après le vote de la loi du 15 avril 1945 relative à la création dans chaque département et chaque région d’une Association d’entraide entre les pupilles, et après des négociations avec le Service de l’Assistance à l’Enfance, l’Association Nationale des Ex-Pupilles de l’État devait devenir sous la responsabilité de Jean Delesvaux l’Association pour les Pupilles et les Anciens Pupilles de l’Assistance publique du Département de la Seine. Ses statuts furent déclarés à la préfecture le 11 août 1948 et elle fut désignée sous le nom de « Le foyer Parisien » et reconnue d’utilité publique le 13 février 1956. Cette première période allant de 1936 à 1948 constitue en quelque sorte l’âge d’or cette association en faveur de la défense des anciens pupilles, en ce sens où ses premiers et courageux bénévoles jouissaient d’une certaine indépendance à l’égard des pouvoirs publics ; et c’est justement cette autonomie qui constituera tout long de son histoire l’un des enjeux principaux des successeurs de Charles Laforge.

Les circonstances sociologiques de la création de l’Association Nationale des Ex-Pupilles de l’État, même si elles sont complexes et polémiques, traduisent au départ une volonté humaniste de faire reconnaître les droits et la dignité de ces hommes et de ces femmes « Sans père ni mère ». Ainsi, et à la faveur de cet exemple qui peut laisse songeur, en 1957 les anciens pupilles tombés au champ d’honneur n’avaient pas encore leur nom inscrit sur les monuments aux morts ! Sans les engagements de nos associations, et en particulier celui de madame Simone Lefour – Présidente d’Atout cœur entre 1954 et 1969 – ces orphelins soldats ayant, eux aussi, sacrifié leur vie au front seraient probablement tombés aujourd’hui dans un oubli complet et injuste !

Depuis leur création, l’association « Le foyer Parisien » a d’abord eu le souci de regrouper les Anciens Pupilles au niveau des départements puis, à partir de 1958, au niveau national. La création de la fédération des anciens pupilles (ADEPAPE) a permis à coup sûr de donner une visibilité plus grande à nos associations auprès des pouvoirs publics en particulier, et d’exercer sur eux une difficile, mais nécessaire influence !

Depuis sa création et dès sa création, les membres d’Atout cœur et leurs différents présidents et présidentes ont estimé qu’il était de leur devoir de dénoncer l’état de grand dénouement que rencontraient alors les anciens pupilles au sortir de leur éducation (14 ans) et de leur entrée dans la majorité et leur vie active. C’est autour de trois catégories de personnes que notre Association devait porter toute son attention et ses efforts, ces trois catégories ayant en commun la difficulté de vivre dans la quasi-indifférence de leurs semblables et de la société :

Premièrement : Les « vieillards » quasiment exclus des services sociaux, et vivant le plus souvent à la campagne dans une extrême solitude et dans un dénuement quasi total ;

Deuxièmement : Les malades majeurs, eux-aussi, abandonnés à leur maladie et à la solitude, mais aussi et surtout ces pupilles adolescents internés durant souvent de très longues périodes, et vivant dans la plus grande pauvreté matérielle et affective. Ce misérable et triste sort de ces adolescents était encore l’objet d’une circulaire du ministère de la Santé en 1974, il y a seulement 42 ans !

Troisièmement : Les « sans domicile fixe » et les chômeurs confrontés à la misère et à la déchéance physique et morale.

C’est donc dans l’espoir de soulager la souffrance et en particulier l’isolement touchant les anciens pupilles que les successeurs de Charles Laforge ont mené leurs actions notamment auprès des services publics.

Dans une plus large perspective, c’est aussi pour s’attaquer à l’image déplorable et injuste des anciens pupilles répandue dans l’opinion et défendre leur dignité et leur honneur que ces premières associations ont été créées. Il faut savoir qu’en 1956, par exemple, les services de police estimaient que 75% des gangsters et des prostituées émanaient de l’assistance ! Faisant figure pour ainsi dire de boucs émissaires, les anciens pupilles avaient bons dos et nourrissaient des fantasmes scabreux à leur sujet ! Il est alors facile de deviner la colère de toutes celles et de tous ceux qui se sont d’abord battus pour éviter la stigmatisation des anciens pupilles dans la publication régulière des faits divers dans la presse.

Par ailleurs, et ceci depuis leur création, ces associations ont toujours posé une problématique de fond, qui reste encore aujourd’hui plus ou moins du domaine du non-dit !

Situant ses actions dans le prolongement des services de l’assistance publique, les associations des pupilles et anciens pupilles ont toujours dû plus ou moins prendre en charge les échecs de l’assistance publique dans leurs missions d’éduquer, d’instruire et de former, mais sans jamais avoir les moyens matériels ou financiers suffisants pour mener à bien leurs tâches auprès des jeunes, des exclus, des malades mentaux et des « vieillards » trop souvent au bord du désespoir !

Comment remédier à ce manque de moyen pour assumer une tâche pourtant reconnue d’utilité publique ? Comment garder son indépendance par rapport à l’administration, première convoyeuse de fonds de l’association, mais aussi exerçant une surveillance pour le moins sujette à caution ? D’une manière générale, A tout cœur ne serait-elle pas en droit attendre de la part de l’ASE des attitudes plus humbles et plus respectueuses de notre association ?

C’est autour de ces questions que les différents Présidents de l’Association – de Simone Lefour et Michel Parent jusqu’à Danielle Weber en passant par Roger Thirard, Jacky Dubois et Nathalie Bougrand – ont dû batailler pour assurer auprès des anciens pupilles une mission solidaire relevant, en un sens, d’une mission du service public ? Sur ce point, le témoignage et les remarques de Roger Thirard en 1988 sont particulièrement pertinents et restent, hélas, d’actualité !

Comment aider les anciens pupilles lorsque leurs problèmes sont d’une très grande urgence ? Voilà le premier défi que notre association doit en priorité relever avec les moyens financiers limités qui sont les siens !

Autre problème abordé notamment par Roger Thirard : Comment ouvrir les portes vers la société civile de telle sorte que l’association ne devienne pas un simple bureau d’aide sociale, et qu’elles puissent aider les anciens pupilles à trouver un logement et un emploi sans lesquels il n’y a pas d’insertion sociale possible ? C’est dire que notre association a toujours placé sous le signe de l’intégration sociale son action auprès des nôtres. Pour elle, il n’a jamais été question de réduire ses activités à une forme d’assistanat chronique et dérisoire par définition, mais au contraire de s’ouvrir et de constituer des réseaux susceptibles de permettre une intégration réussie des personnes qui viennent la solliciter.

Ainsi donc, avec le temps et grâce aux engagements menés par les uns et par les autres, l’Autonomie de la personne sollicitant notre aide est-elle devenue la priorité des priorités, la priorité affichée de notre association, priorité qui a été par exemple l’un de chevaux de bataille de Jacky Dubois et qui est, aujourd’hui, défendue bec et ongles par notre présidente Danielle Weber notamment auprès de l’ASE. À ce propos, je vous renvoie à l’article d’Adeline Gérard publié dans notre dernier numéro Le Foyer, page 31. Selon les directions de l’ASE, il faudrait que les acteurs de notre association deviennent « de grands professionnels », surtout à l’égard des anciens pupilles auxquels l’ASE a refusé, pour différentes raisons liées à l’administration ou aux intéressés, un contrat de jeune majeur !

Au terme de ce bref parcours, une idée désagréable et dérangeante ressort : les anciens pupilles forment un minorité comme il en existe beaucoup dans la société, mais il s’agit d’une minorité singulière, d’une minorité marginalisée, voire oubliée, dont les revendications ne vont toujours pas de soi aux yeux des pouvoirs publics, et sans doute même aux yeux de l’opinion ! C’est là une manière de rappeler aux anciens pupilles que leur lutte pour leur dignité est loin d’être finie, et qu’elle ne sera sans doute pas une partie plaisir ! En étant conscients de cette réalité sociale particulière, les anciens pupilles trouveront peut-être davantage de courage pour s’engager et faire vivre davantage leur association A tout cœur !

Gérald LECLEUZIAT

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